Monday, February 1, 2016

Les larmes de l’impuissance

Jamal Berraoui

Jamal Berraoui

Barack Obama, le Président des USA et donc, virtuellement, l’homme le plus puissant du monde, qui pleure face à la caméra, ce n’est pas anodin. Il l’a fait en dénonçant l’incapacité des institutions américaines à affronter le puissant lobby des armes. Malgré tous les drames quotidiens, malgré les tueries massives, au moins 3 morts par jour, touchant souvent des écoliers, aucune réelle législation n’est envisagée.

Le lobby des armes est puissant, il finance les campagnes électorales des deux bords, pour s’assurer que l’amendement sur le droit au port d’armes ne sera pas touché. Et il y arrive au point que même chez les démocrates les positions d’Obama, sur des restrictions à envisager ne sont pas majoritaires. Mais le plus inquiétant c’est l’opinion publique.

En dehors de quelques grandes villes, des cercles d’intellectuels et artistes, l’immense majorité de l’Amérique profonde est opposée à toute limitation de la vente des armes, y compris lourdes. La société se refuse à l’idée d’une seule violence légitime, déléguée à la force publique qui serait chargée d’assurer la sécurité de tous. Pour les Américains, le droit au port d’armes, c’est le droit à se protéger et à protéger sa famille.

Même l’argument des tueries, occasionnées par des forcenés ayant acquis librement des armes est inefficace. Il est contourné par une réponse qui fait mouche, dans le contexte américain : «Si les gens étaient armés, ils se seraient défendus.» Barack Obama a donc décidé de contourner le congrès, en promulguant des décrets pour exiger, non pas l’interdiction de la vente d’armes, mais juste le contrôle des antécédents psychotiques et judicaires.

Donald Trump a déjà annoncé qu’il abrogerait des décrets s’il était élu. Nul doute que la question s’imposera lors de la campagne électorale, étant donné l’état de l’opinion publique, on voit mal Hillary Clinton se mettre sur les pas d’Obama, sans précaution. C’est peut-être la raison de l’émotion du Président des USA. Après 7 ans de combat, il n’a pas pu faire bouger d’un iota son pays sur une question sociétale qui lui tenait à coeur, parce qu’elle a fait des milliers de morts durant ces deux mandats.

Enormément plus que le terrorisme, ou que les morts Américains en Irak. C’est bien là un cas d’école américain, un lobby hyper structuré, très riche, en travaillant l’opinion publique a tenu en échec un président deux fois triomphalement élu.

En France, Mitterrand avait aboli la peine de mort, contre l’avis de la majorité écrasante de ses propres citoyens. Mais le fonctionnement démocratique n’est pas le même. La constitution américaine fixe les règles fondamentalement et celles-ci sont immuables. Les notions de fonctions régaliennes de l’Etat ne sont pas les mêmes qu’en Europe.

Comme on l’a vu sur le dossier de la couverture médicale, pour les Américains, la responsabilité individuelle prime sur la solidarité collective. L’histoire de la constitution de cette nation et de la conquête de l’Ouest imprègnent l’ADN de ce pays. Ce n’est ni bien ni mal, c’est juste un fait historique.

Par ailleurs, le mille-feuilles institutionnel est prévu comme frein à l’omnipotence d’un Président même élu. Cela fonctionne rapidement et efficacement quand un puissant lobby s’y emploie et qu’il est soutenu par l’opinion publique. Le lobbying aux USA est une activité transparente, honorable, légale.

Les larmes d’Obama sont celles de son impuissance, sur un sujet qui lui tient à cœur. Il peut mener des guerres, mais pas interdire la vente d’armes à un forcené. C’est un travers de la justice.

 



via Abdo El Rhazi Les larmes de l’impuissance

Douar Ouled Azzouz : Une expulsion sans relogement

manif_douar_ouledazzouzLes habitants du douar Ouled Azzouz sont sur le point de se retrouver à la rue. Leur terrain est racheté par un promoteur. La justice ayant ordonné leur expulsion sans qu’aucune alternative ne soit proposée, ils se battent pour obtenir leurs droits.

Nous sommes à Douar Ouled Azzouz Dhouba, à quelques kilomètres de Casablanca, juste à côté du cimetière Errahma. 33 familles ont déboursé toutes leurs économies pour acquérir un toit au cours des années 90, se partageant en tout un millier de mètres carrés. Des parcelles de terrains, appartenant à la famille Eddahbi, allant de 50 à 80 mètres carrés transformés en petites baraques construites avec soin. Des contrats de vente signés et légalisés attestent l’accomplissement des transactions. Seul hic, pas d’enregistrement effectué auprès de la conservation foncière.

Tout allait bien dans le meilleur des mondes. Les hommes allaient travailler, les femmes, majoritairement au foyer, et les enfants scolarisés à proximité. Les prémices d’une imminente tempête frappent dès l’année 2013, lorsqu’une mystérieuse société de promotion immobilière, dénommée Kamam, rachète un terrain de 11 hectares pour le transformer en projet résidentiel. Lequel terrain englobe les 1000 mètres carrés, où sont édifiés les baraques des concernés.

«Les représentants de la société sont venus et nous ont rassuré au départ et promis une indemnisation ou un relogement», raconte Abdelhak, l’un des habitants du douar. Surprise : les propriétaires reçoivent l’année dernière une ordonnance d’expulsion signée par un juge du tribunal de première instance de Casablanca. Les riverains se battent depuis contre ce promoteur qui veut les chasser de chez eux, sans indemnités ni solution de relogement.

Les familles ne savent plus à quel saint se vouer ! Ils accusent les autorités de vouloir garnir les poches des géants de l’immobilier. «L’espace est considéré comme vierge, car c’est un vaste domaine qui n’abrite que 33 maisons. C’est tout ce qui les intéresse. On veut nous expulser pour le profit des promoteurs», lance Latifa l’une des victimes regrettant que le sort des siens ne soit pas pris en compte dans le traitement judiciaire de cette affaire. «De quelle manière ce projet va-t-il répondre aux besoins en logement? (…) Les gens ordinaires comme moi ne peuvent que rêver de se payer les appartements qui seront construits ici», s’insurge un autre habitant exprimant le sentiment des autres qui sentent que l’étau se resserre sur eux.

Enjeu foncier

Censée être un débouché urbanistique, notamment pour les anciens résidents des bidonvilles casablancais, la ville d’Errahma a tout pour plaire aux géants du béton, surtout que les prix, à deux pas de là, sont au moins le triple. «Beaucoup de douars ont subi le même sort que celui d’Ouled Azzouz. Pressions, menaces, agressions sont devenues le quotidien des propriétaires qui tentent toujours néanmoins de lutter», nous confie un représentant des autorités de la bachawiya de Dar Bouazza dont le chef prétend ne pas avoir pris connaissance de ce dossier. Pourtant, les habitants, d’après leurs dires, l’ont sollicité à maintes reprises. Une source au conseil de la ville ajoute que «les promoteurs sont en réalité parfaitement conscients du caractère fantoche des contrats d’achat des habitants : ce qu’ils recherchent dans l’affaire, c’est obtenir l’accord et le soutien des autorités locales pour la suite des événements. Leur but est de récupérer des terrains constructibles le plus rapidement possible, et au coût le plus bas possible. Ceux qui en payent le prix seront, dans l’idéal, les petits propriétaires, soit la partie la plus désarmée de l’équilibre de forces subtil qui se met en place». Ainsi, les promoteurs ont un but simple : récupérer les terrains et détruire ce qui y existe le plus rapidement possible, pour reconstruire et revendre. «La terre, devenue un enjeu foncier, appartient au marché immobilier qui ne poursuit qu’un seul objectif : le profit», reconnait notre interlocuteur. Et de renchérir : «Même si Kamam dispose d’un titre foncier, elle n’a pas le droit de chasser ces familles de la sorte. Et si elle le fait, elle doit indemniser les habitants. Il faut stabiliser les lieux de vie et sécuriser les personnes et ne pas expulser sans offrir de solutions».

L’Observateur du Maroc et d’Afrique a tenté en vain d’avoir la version du promoteur Kamam. Quant aux vendeurs, la famille Eddahbi, à en croire leur représentant Said Eddahbi, la société lui a déduit quelques 3 millions de dirhams, du prix de vente convenu à presque 40 MDH, pour indemniser les «sinistrés». D’ailleurs, c’est mentionné noir sur blanc sur le compromis de vente entre les deux parties, dont l’Observateur du Maroc et d’Afrique détient une copie. «Le vendeur déclare qu’une partie de droits indivis faisant l’objet des présentes correspondant à une superficie approximative de 1000 mètres carrés consistant en un terrain sur lequel sont édifiés une vingtaine de baraques, que l’acheteur déclare bien connaitre et prend en charge le bidonville de sorte que le vendeur ne soit jamais inquiété ni recherché à ce sujet», peut on lire sur le document. Devant cette impasse, les riverains lancent un cri de détresse pour sauver leur douar de ce qu’ils appellent «prédateur immobilier». Des sits-in ont été organisés devant la commune de Ouled Ahmed, de laquelle ils relèvent pour demander un arbitrage royal. Un rassemblement de femmes et d’enfants, à la main le drapeau marocain et les photos du souverain, qui crient haut et fort «hada 3ar, douarna fi khatar » traduction «c’est honteux, notre douar est en danger».

Me_Karim_AdyelAvis de Maitre Karim Adyel, Docteur en droit, spécialisé en Droit du Commerce International & Droit Maritime, avocat au barreau de Casablanca

En droit foncier Marocain, le contrat de vente pour être parfait et opposable aux tiers, il faut obligatoirement qu’il soit enregistré et que le titre foncier soit inscrit à la conservation foncière.

À défaut il ne pourra juridiquement produire son plein et entier effet. L’immatriculation est donc une procédure administrative qui permet d’inscrire et d’enregistrer sa propriété sur des registres, appelés titres fonciers. La propriété n’est reconnue d’une manière absolue par la loi comme étant la sienne qu’il s’agisse d’un immeuble ou d’un terrain, sans cette immatriculation. L’enregistrement de sa propriété permet de protéger son patrimoine contre toute éventuelle revendication ou éviction.

Ces habitants n’ont pas malheureusement accompli la démarche. Et nul n’est censé ignorer la loi.



via Abdo El Rhazi Douar Ouled Azzouz : Une expulsion sans relogement

L’Espagne en pleine tourmente

Catalogne2Les élections législatives n’ont pas permis de constituer une majorité en Espagne. Et pour cause ! La question catalane, la remise en cause de l’unité de l’Espagne est au cœur des divergences. Le nouvel exécutif installé à Barcelone promet la séparation dès 2017. Le risque n’est donc plus virtuel.

Le séparatisme catalan est présent historiquement. Sa virulence dépend cependant des conjonctures. Après la crise de 2008, il a connu une montée vertigineuse. La Catalogne se portant mieux économiquement, ses transferts vers l’Etat Central ont relativement augmenté. Mais ce raisonnement peut être inversé. Une Catalogne indépendante perdrait l’accès libre au marché européen et probablement au marché ibérique. Or, ces deux marchés sont vitaux pour l’économie de cette région. L’argumentaire économique est donc largement vicié.

Sur le plan politique, la constitution espagnole post-franquiste ne prévoit pas de séparation et fait de l’unité de l’Espagne un principe immuable. Tant qu’il n’y aura pas de réforme constitutionnelle, que seule une partie des dirigeants du Podemos réclame, l’Etat central sera fondé à empêcher tout séparatisme, et Rajoy a déjà annoncé qu’il le fera. D’autant plus que le risque de contagion est grand, si l’on pense au séparatisme basque, militairement vaincu, mais politiquement prégnant.

L’Espagne se dirige vers de nouvelles élections où la question de l’unité du pays sera centrale. Les électeurs du Podemos seront les premiers concernés. Ils ont voté pour un programme social idyllique, mais sont-ils tous en faveur de la dislocation de l’Espagne ? On peut en douter puisque les militants andalous de ce parti ont annoncé leur refus du séparatisme catalan. On risque de se retrouver avec une majorité unioniste dans le pays et une majorité séparatiste aux commandes de la Catalogne.

Dans les deux cas, les urnes ont parlé. Mais c’est une situation très difficile à gérer en démocratie. La solution pourrait passer par un élargissement de l’autonomie, qui permettrait de sauvegarder l’unité, sans obliger les indépendantistes à se renier. Cependant, cet élargissement ne peut être envisagé que s’il concerne toutes les régions, ce qui impliquerait la réforme de toute l’architecture territoriale et donc une réforme de la constitution.

Le casse-tête catalan intervient au moment où l’Espagne sort la tête de l’eau, avec une croissance qui redémarre et des comptes, enfin, au vert. L’unité de ce pays lui a permis d’installer la démocratie pacifiquement, d’intégrer l’Europe, de se moderniser rapidement. Les «generalidad », les régions autonomes, ont permis de gérer la diversité dans l’unité. Ce système peut-il absorber les déchirements actuels ? C’est ce que l’on peut souhaiter à nos voisins du Nord.



via Abdo El Rhazi L’Espagne en pleine tourmente

Dr. Eduardo Vírgala Foruria, professeur de droit Constitutionnel à l’Université du Pays Basque : «La Catalogne n’a pas droit à l’autodétermination»

Dr. Eduardo Vírgala Foruria

Dr. Eduardo Vírgala Foruria

Pour Dr. Eduardo Vírgala Foruria, il est quasiment impossible d’envisager une indépendance sans le consentement de l’État espagnol.

L’Observateur du Maroc et d’Afrique : Pensez-vous que la Catalogne pourrait vraiment devenir indépendante ?

Dr. Eduardo Vírgala Foruria : Juridiquement parlant, c’est impossible aujourd’hui. Du point de vue du droit international, la Catalogne n’a pas droit à l’autodétermination que les Nations Unies réservent aux situations coloniales ou, exceptionnellement, à des situations de violations massives des droits de l’homme. Ce qui n’est pas le cas pour l’Espagne.

Du point de vue du droit interne espagnol, la Constitution interdit toute déclaration d’indépendance d’une partie du territoire espagnol. Par conséquent, seule une réforme constitutionnelle permettrait cette possibilité, à l’avenir.

Quelles seraient les principales conséquences de cette indépendance ?

En tant qu’avocat, je pense que les conséquences peuvent varier selon la manière dont l’indépendance est réalisée, c’est à dire avec ou sans le consentement de l’État espagnol. Une indépendance sans le consentement de l’Etat espagnol me parait très difficile, voire impossible, sauf dans une situation de guerre, qui ne sera, en aucun, envisagée.

Si l’indépendance se produit avec le consentement de l’État espagnol, suite à une réforme constitutionnelle, je pense que le résultat serait, bien sûr, l’émergence d’un nouvel Etat, qui, après de brèves négociations, pourrait adhérer à l’ensemble des organisations internationales.

Certains analystes et experts estiment que les séparatistes n’ont pas de projets concrets, à part s’opposer à la politique de Madrid. Partagez-vous cette opinion ?

Les partis indépendantistes s’opposent à la politique du gouvernement central, comme il les empêche d’effectuer des activités inconstitutionnelles, comme tout autre gouvernement. En dehors de cela, il est évident qu’ils ont un projet politique et social comme tous les autres partis.

Que ferait la Catalogne sans l’UE ?

Cela dépend si l’indépendance se produit avec ou sans l’accord de l’État espagnol. Comme je l’ai déjà mentionné, je pense qu’il est presque impossible d’envisager une indépendance sans le consentement de l’État espagnol. Si cela devait se produire par un acte de force, la Catalogne restera en dehors de l’UE et pour de nombreuses années.

Si l’indépendance est accordée avec le consentement de l’Espagne, suite à une réforme constitutionnelle – ce qui me semble loin à présent, je crois que les négociations seraient brèves. Et la Catalogne, dans ce cas très hypothétique, serait de retour à l’UE sous peu.

Croyez-vous qu’une majorité de la population veut vraiment l’indépendance de la Catalogne ?

Il ne s’agit pas de croyance, mais de données. Lors des élections tenues en Catalogne le 27 septembre, les partis indépendantistes dont le programme était d’«obtenir l’indépendance», n’ont pas atteint 48% des voix. Alors évidemment, ils ne sont pas la majorité.

 



via Abdo El Rhazi Dr. Eduardo Vírgala Foruria, professeur de droit Constitutionnel à l’Université du Pays Basque : «La Catalogne n’a pas droit à l’autodétermination»

Barbara Loyer, politologue française, spécialiste de l’Espagne : «La Catalogne n’est pas le Kosovo»

Barbara Loyer

Barbara Loyer

Directrice de l’Institut français de géopolitique de l’université Paris 8, Barbara Loyer est une grande spécialiste de l’Espagne. L’année dernière, elle a co-écrit «L’Espagne en crise(s) Une géopolitique au XXIème siècle», après avoir publié en 2006 «Géopolitique de l’Espagne». Son éclairage sur le «catalanisme» ne laisse aucune zone d’ombre.

L’Observateur du Maroc et d’Afrique : Pensez-vous que la Catalogne pourrait devenir réellement indépendante ?

Plus de la moitié des membres du Parlement catalan considèrent que la Catalogne est comme le Kosovo. Nous sommes donc face à un processus de déclaration unilatérale d’indépendance. Sauf que la Catalogne n’est pas le Kosovo et la Serbie n’a jamais reconnu l’indépendance kosovare. Et si aujourd’hui le Kosovo est indépendant, c’est parce qu’il y a eu une reconnaissance internationale et qu’il y avait un envoyé de l’ONU ayant estimé qu’il n’y avait pas d’autre solution que l’indépendance pour régler le problème kosovare. Mais la Catalogne indépendante dans le contexte international actuel n’aurait pas pareilles faveurs. Or, les indépendantistes catalans ne pourraient rien avoir sans cette reconnaissance internationale qui fait d’ailleurs partie du plan de vol du nouveau Président catalan. C’est sûr qu’il est difficile d’imaginer comment la Catalogne pourrait être un jour indépendante de ce point de vue là.

Comment se fait-il alors que les indépendantistes font comme se l’indépendance était gagnée d’avance ?

Les indépendantistes doivent se rappeler qu’ils ne sont pas majoritaires. Ils représentent 45% des votants pour les élections régionales et donc moins de la moitié des électeurs. Il est clair qu’arithmétiquement, il leur sera difficile de gagner leur pari. Ceci étant, une grande partie des nationalistes Catalans pensent qu’ils sont en train de faire l’Histoire et imaginent qu’il ne faudrait pas laisser passer cette opportunité de l’indépendance. Sauf que la situation peut tourner au vinaigre et le concept de « comme si » où ils baignent risque de se fracasser sur la réalité.

Y aurait-il des solutions possibles pour que la situation soit définitivement clarifiée ?

Tout dépendra en fait de la composition du gouvernement qui sera mis en place. Le futur gouvernement a une disposition légale qui lui permet de suspendre l’autonomie. Il pourrait alors négocier pour la tenue d’un référendum en s’inspirant de ce qui a été fait au Canada, par exemple, avec la promulgation expliquant tous les détails du processus référendaire, la formulation de l’objet du référendum, etc. Tout cela à condition que les indépendantistes catalans acceptent de se soumettre à des négociations avec le gouvernement espagnol. Mais jusqu’à présent, l’Espagne n’a toujours pas de gouvernement. C’est ce qui fait que personne ne sait pour le moment dans quel sens va le projet indépendantiste.

 

Les scénarios catastrophes que mettent en avant les responsables espagnols du côté de Madrid ne font-ils pas de l’effet sur certains indépendantistes ? Ne vous semble-t-il pas que l’enthousiasme du début est en train de tiédir ?

L’enthousiasme a en effet tiédi. C’est la raison pour laquelle les indépendantistes ont tout fait pour éviter la tenue de nouvelles élections. Si ces élections étaient tenues, elles n’auraient pas donné les mêmes résultats. S’ils se savaient sur une vague montante, les indépendantistes catalans auraient appelé à une nouvelle épreuve des urnes. Encore une fois, les résultats déjà enregistrés ont bien montré que plus de la moitié des Catalans se sont exprimés contre l’indépendance. On ne peut pas leur demander plus. Mais en Catalogne, il y a une sorte de fuite en avant plus qu’étrange de la part des bourgeoisies locales. Il y a dedans des petits patrons, mais aussi des professeurs de droit constitutionnel, des intellectuels. En somme des gens qui ont normalement les pieds sur terre. Mais il y a une dynamique collective qui s’est créée à la faveur de ces manifestations spectaculaires qui ont été organisées grâce aussi au financement ou à l’intendance offerts par le gouvernement régional. Les gens y ont cru et la suite on la connaît. Il faut savoir aussi que le nouveau Président de la Catalogne est un idéologue, contrairement à son prédécesseur qui a essayé de jouer une carte personnelle. Surtout à un moment où ont été relevés de graves faits de corruption touchant son parti. Il aspirait aussi à être le père de l’indépendance. Il y avait donc une équation très personnelle dans sa stratégie, ce n’est pas le cas pour le nouveau Président. En tout cas, on reste dans une forme d’aveuglement faisant oublier les résultats des élections régionales qui étaient loin d’être excellents.     

Les indépendantistes restent focalisés sur l’opposition farouche à Madrid, mais ils ne disent rien à propos de leur projet de société. Est-ce voulu ?

C’est un peu le mariage de la carpe et du lapin. Le parti qui s’est abstenu de donner deux voix au nom de l’indépendance est un parti anti-capitaliste. Qu’un tel parti se joint à CDC, une formation démocrate chrétienne dont Pujol était le président pendant 25 ans, cela prête à rire. C’est absolument contradictoire ! Il en va de même pour Esquerra Republicana qui se dit à gauche. Mais on est dans une union sacrée dans laquelle tout projet de société passe derrière le projet national. Il y a aussi de nombreux membres de la gauche qui sont en relation avec la maire de Barcelone, Ada Colau, de Podem. Or celle-ci porte un projet politico-social qui pourrait vite entrer en contradiction avec toute une classe politique bourgeoise qui est centriste et démocrate chrétienne. Théoriquement, les dissensions devraient être importantes. Pour l’instant, le seul programme du nouveau Président est un programme qu’il dit de «déconnexion démocratique». Il ne parle pas du tout de l’économie. Exemple, on ne sait ni comment on pourrait demain déconnecter la sécurité sociale catalane de celle de l’Espagne. A moyen terme, cela commencera à coûter cher aux Catalans. D’ores et déjà, les agences de notation commencent à dégrader la note de la Catalogne, qui pouvait s’appuyer sur les garanties de l’Etat espagnol tant que tout allait bien. Au vu de tous ces éléments, à moins de faire preuve d’un aveuglement coupable, on ne voit pas comment une Catalogne indépendante pourrait fonctionner. En tout cas, quelque soit l’issue du processus, ce mouvement indépendantiste a engendré une véritable fracture en Espagne. La société espagnole est plus divisée que jamais.



via Abdo El Rhazi Barbara Loyer, politologue française, spécialiste de l’Espagne : «La Catalogne n’est pas le Kosovo»

Espagne : Le divorce coûterait cher à tout le monde

catalogneAu cas où les indépendantistes mènent leur projet de sécession jusqu’au bout, cela risque d’être lourd de conséquence. Non seulement pour l’Espagne, mais aussi pour la Catalogne en particulier.

En 2015, et à la veille des élections régionales, le débat sur une éventuelle sécession de la Catalogne de l’Espagne, faisait rage. En effet, les partis indépendantistes, qui caracolaient dans les sondages, avaient émis la promesse qu’en cas de victoire, ils allaient enclencher le processus de «divorce» avec Madrid. Il n’en fallait pas plus pour que les nuages s’amoncellent dans le ciel espagnol d’abord, mais aussi dans celui de l’Union européenne de manière générale. D’autant plus que, au regard du poids de la région catalane, il allait sans dire que cela risquait de provoquer des dégâts collatéraux conséquents.

En cas de sécession, c’est le système bancaire de la Catalogne qui accuserait le coup. C’est que, selon le patron de la Banque centrale espagnole, l’indépendance signifierait, automatiquement, la sortie de la Catalogne de l’Union européenne, doublée de la sortie de la zone euro. Le cas échéant, les banques catalanes cesseraient, de facto, d’avoir accès aux facilités de la Banque centrale européenne.

D’ailleurs, la banque américaine Goldman Sachs a sorti dernièrement un rapport des plus alarmants quant au risque qui pèse sur l’économie européenne, compte tenu de l’instabilité politique que connaissait la région, notamment les soubresauts qu’elle a traversés avant l’investiture d’un nouveau gouvernement.

Plus encore, c’est surtout la possibilité de convoquer un référendum d’autodétermination en Catalogne, qui donne des cheveux blancs aux opérateurs économiques, entre autres. Selon la banque américaine, cette éventualité pèserait lourdement sur l’économie européenne de manière générale.

Effets d’entrainement…

Pour Goldman Sachs, le scénario d’une consultation référendaire aurait un effet négatif sur les prévisions de croissance économique, y compris les pays de la zone euro. Déjà que l’euro-zone peine à se positionner sur la voie de la reprise économique, ce scénario pourrait ajouter de nouvelles épines dans ses pieds.

Pire encore, cet état de fait risque, également, d’impacter négativement le moral des investisseurs au même titre que celui des consommateurs. Du coup, c’est le capital confiance qui s’éroderait encore davantage.

Le rapport de Goldman Sachs ne fait que confirmer l’alerte donnée, en septembre dernier, par les associations bancaires espagnoles. Les poids lourds du système bancaire avaient, en effet, annoncé qu’une déclaration unilatérale d’indépendance serait synonyme d’une exclusion de l’euro-zone. Et d’avertir que ces banques seraient amenées à reconsidérer leur stratégie d’implantation en Catalogne. Par voie de conséquence, cela se traduirait par la réduction de l’offre bancaire, conjuguée à une limitation d’accès au crédit que ce soit pour les entreprises ou pour les particuliers. Ce qui pourrait, on s’en doute, entrainer un effondrement de la capacité de créer de la richesse et de l’emploi, réduirait en peau de chagrin l’investissement, impacterait la consommation et on en passe.

La Banque centrale espagnole, par la voix de ses responsables, va encore plus loin. Pour elle, une déclaration unilatérale d’indépendance signifierait «la fin de l’accès au refinancement» de la Banque centrale européenne pour les banques catalanes.

Certaines déclarations, relayées par les médias, vont jusqu’à prédire le remake du scénario grec, soit l’éventualité d’un gel de dépôts bancaires.

Ce que pèse la Région

La Catalogne pèse très lourd dans l’économie espagnole. Située au nord-est de l’Espagne, cette région compte pas moins de 7,5 millions d’habitants, soit 16% de la population espagnole. Sur le plan économique, la catalogne crée le cinquième des richesses de tout le pays et représente le quart en matière d’exportation.

Par ailleurs, la Catalogne se présente comme la région la plus industrialisée de l’Espagne. Avec un tissu productif à la fois dynamique et diversifié, elle compte pas moins d’un demi-million d’entreprises, essentiellement, des PME.

Quid de l’UE ?

«Lorsqu’une partie du territoire d’un État membre cesse de faire partie dudit État, au motif, par exemple, qu’il devient un État indépendant, les traités cessent de s’appliquer à ce territoire. Autrement dit, une région nouvellement indépendante, deviendrait, du fait de son indépendance, un pays tiers par rapport à l’Union et les traités ne s’appliqueraient plus sur son territoire à compter du jour de son indépendance.»

C’étaient les propos tenus, en 2004, par l’ancien président de la Commission européenne Romano Prodi, quant au scénario qui attendrait une éventuelle entité née des entrailles d’une autre déjà partie intégrante de l’Union européenne.

D’autres observateurs évoquent qu’une telle entité devrait emprunter le chemin normal de toute adhésion. Or, l’entrée de plain pied dans l’UE, on le sait, nécessite l’unanimité des membres. Une unanimité plus qu’impossible. Madrid pèserait de tout son poids pour préserver ses intérêts

Et le foot dans tout ça ?

Au cas où le scénario de la sécession venait à se réaliser, ce sont aussi les amateurs du ballon rond qui risqueraient d’en pâtir. On pourrait alors dire «bye bye» au Clasico qui met aux prises les deux géants du football espagnol. Et c’est le FC Barcelone qui n’aurait plus de droit de cité dans la Liga, ainsi que son frère ennemi l’Espanyol.

Le football d’ailleurs n’est que l’une des vitrines les plus visibles du sport dans la région. Les autres disciplines sportives en paieraient également les frais. Non seulement l’activité sportive accuserait le coup, mais aussi tous les effets d’entrainement qu’elle génère.

Si certaines estimations font état d’un produit généré de la Liga variant entre 10 et 15 milliards d’euros, le Clasico, avec l’engouement planétaire qu’il suscite, pèserait à lui seul pour pratiquement la moitié de la cagnotte. Enorme !



via Abdo El Rhazi Espagne : Le divorce coûterait cher à tout le monde

Libre cours

Naim KAMAL

Naim KAMAL

« Vous bombardez leurs pays, et vous déchirez leurs familles, vous dessinez leur prophète dans les dessins les plus ridicules, vous encouragez les chrétiens africains et vous les armez pour tuer des musulmans au Mali et en Afrique Central… Puis vous vous manifestez comme des victimes !!! Ne vous moquez pas de vous-même ! Personne ne croira mis à part les débiles et les hypocrites !!! » Cette déclaration est attribuée sur facebook au philosophe français Michel Onfray qui l’aurait publiée sur son mur. Je dois dire que je n’ai pas pu en vérifier l’authenticité. J’ai donc des doutes sur son authenticité surtout quand je reviens à la récente extrême droitisation du philosophe et fondateur de l’université populaire. Mais qu’elle soit sienne ou pas, elle résume ce que le matraquage médiatique que subissent les Français depuis le début du mois de janvier a oublié : La part de responsabilité de la France dans les drames collectifs et individuels de cette année noire. Et à croire la déclaration que les réseaux sociaux véhiculent au nom de Michel Onfray, la France doit compter pas mal de « débiles et d’hypocrites ». Sous prétexte de commémorer dans la foulée du massacre de 23 novembre les attentats de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015, c’est un incessant bombardement politique et médiatique qui est orchestré au nom de la mémoire. Visages contrits. Mines graves. Larmes à flot. Plaques commémoratives. Chants funèbres. Chœur de l’armée française. Johny Halliday visage ravagé. Déclarations enflammées sur l’esprit de la manifestation du 11 janvier de l’année précédente, mais foule clairsemée au grand dam des organisateurs, rien n’a été épargné pour faire vivre les valeurs de la république : Liberté, égalité, fraternité, mais entendez surtout supériorité.

Infos sur infos, reportages sur reportages, micros-trottoirs sur micros-trottoirs, documentaires sur documentaires, débats sur débats, le public français et ceux qui, masos d’ici, veulent voir, nécessité oblige – n’est-ce pas les nôtres qui commettent les carnages – cette guerre de la civilisation contre la barbarie, ont été gavés comme des oies bonnes à en faire une bouchée, sans savoir à quelle sauce ils seront mangés. Des livres pour l’occasion ont été publiés largement commentés et encensés, érigés en ouvrages d’histoire. Je les ai guettés, tous sont passés, promus. Sauf un : Mohicans, connaissez vous Charlie ? de Denis Robert. Eh bien non, on ne cannait pas Charlie ! On part des années de gloire des historiques de Hara-Kiri, François Cavanna et le professeur Choron, rejoints par Delfeil de Ton et autres Siné, et on finit avec le hold-up de Philippe Val et de ses sbires qui deviendront par un triste matin de janvier ses martyrs, Charb y compris. Charlie ce n’est pas ce qu’on voit ou on croit. C’est une histoire d’intrigues et d’argent, de censure et de mises à l’écart dont les vraies victimes sont, comme dans toutes les révolutions, les historiques, Cavanna et les autres, abandonnés en mer agitée sur l’autel de la mesquinerie. Ce sont leurs noms qui devraient figurer sur les plaques commémoratives, si ce n’est à la place de Charb et des siens, du moins à leur tête. Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, le Charlie sans limite et sans tabou n’existe pas, ou n’a plus existé depuis que le Philippe Val pontifiant et péremptoire, qui a domestiqué la rédaction, a mis main basse sur le journal. L’humour bête et méchant revendiqué par les pères fondateurs, a cédé la place à des usurpateurs, bêtes et méchants mais sans humour. Mohicans, connaissez-vous Charlie ? Un haletant récit qu’il faut acheter, sinon, pour reprendre une publicité de Hara-Kiri, volez-le, lisez-le et faites-le lire !



via Abdo El Rhazi Libre cours