Wednesday, February 24, 2021

Pr Rhassane El Adib: « Un retour à la normale n’est envisageable que dans 3 à 4 ans »

Entretien

 

Ahmed Rhassane El Adib, professeur en anesthésie-réanimation au CHU Mohammed VI de Marrakech

 

Les résultats très prometteurs d’une sérieuse étude écossaise à propos de l’impact des vaccins d’Astrazeneca et Pfizer sur le taux d’hospitalisation covid-19 et sur leur efficacité dès la première dose, miroitent l’espoir d’un imminent retour à la normale. L’explication de ses résultats, l’efficacité des vaccins contre les nouveaux variants  et le point sur un éventuel  retour à la normale avec le spécialiste.  

 

Entretien réalisé par Hayat Kamal Idrissi

 

L’Observateur du Maroc et d’Afrique : Rapprochez-nous des résultats de cette nouvelle étude écossaise sur les bons résultats des vaccins d’Astra Zeneca et de Pfizer au bout de quatre semaines après la première dose ?

 

Rhassane El Adib : Ce sont  là des résultats extrêmement prometteurs. Cette étude élaborée par le Public Health Scotland et les chercheurs d’universités écossaises, se penche en effet  sur l’impact du vaccin sur le taux d’hospitalisation des malades covid-19. Ceci en comparant la réaction des personnes vaccinées  avec celles n’ayant pas été immunisées. Ceci en fonction des périodes ( de 1 à 13 de 14 à 30 ou de 1 à 21 jours…) et comment le taux d’hospitalisation covid varie selon les vaccins. Fait surprenant,  les scientifiques ont remarqué qu’une importante réduction se fait dès la première semaine après l’injection du vaccin. Pour Pfizer c’est de l’ordre de 38% et pour Astrazeneca  de 70 %. Ces résultats confirment les données déjà annoncées en Israël sans être toutefois prouvées d’une manière scientifique. Mais là, c’est la première fois qu’une étude scientifique sérieuse le prouve d’une manière chiffrée. Certes ces résultats ne sont pas encore publiés officiellement, mais c’est extrêmement important.

Cette étude montre aussi qu’à la quatrième semaine après avoir reçu la dose initiale, les vaccins Pfizer et Oxford-AstraZeneca avaient réduit le risque d’hospitalisation pour Covid-19 jusqu’à 85% et 94% respectivement. Chez les personnes âgées de 80 ans et plus, celles les plus à risque en raison de leur âge avancé, le premier constat : ces sujets, majoritairement vacciné à l’Astrazeneca, tolèrent beaucoup mieux le vaccin que les sujets plus jeunes, avec beaucoup moins d’effets indésirables. Deuxième constat : la vaccination a été associée à une réduction de 81% du risque d’admission à l’hôpital au cours de la quatrième semaine, lorsque les résultats des deux vaccins étaient combinés. Il ressort de ces résultats que le vaccin est efficace dès la première dose et encore plus pour celui d’Astrazeneca qui s’avère d’après cette étude plus persistant dans le temps que celui de Pfizer. Le vaccin Oxford / AstraZeneca semble avoir très bien fonctionné chez les personnes âgées à la fois côté tolérabilité et efficacité.

 

  • Ces résultats plutôt prometteurs surtout pour les personnes âgées vont-ils à votre avis changer l’attitude de certains pays par rapport au vaccin Astrazeneca et le manque de données d’essais ?

 

En effet, il y a eu un grand débat dans le monde à propos du vaccin d’Astrazeneca justement à cause du manque de données d’essais concernant les personnes âgées. Ceci en sachant que ni l’OMS ni l’Union Européenne n’ont opposé aucun refus par rapport à son utilisation. Le Maroc a d’ailleurs pris la même décision en l’autorisant même pour les plus âgés. Mais les très bons résultats du vaccin enregistrés en Ecosse pourraient effectivement  entraîner une refonte dans les pays qui ont décidé de ne pas permettre son utilisation chez les personnes de plus de 65 ans. Ce sont là des données cliniques importantes et solides enregistrées auprès de millions de personnes. Il est donc temps pour les pays qui sont encore réticents par rapport à ce vaccin, de réviser leur position et de l’adopter pour accélérer le processus d’immunisation dans le monde.

 

 

  • Avec son choix d’utiliser deux vaccins différents d’Astrazeneca et de Sinopharm, dans sa campagne de vaccination, le Maroc ne risque pas de se retrouver avec une immunisation à deux vitesses et avec une efficacité différente ?

 

Non pas vraiment ! Car le plus important c’est que l’on a des vaccins dont l’efficacité est supérieure à 50%. Les vaccins anti-covid 19 qui sont disponibles dans le monde actuellement  ont tous cette efficacité clinique. Le problème se pose plutôt par rapport aux quantités disponibles d’où l’intérêt de diversifier pour pouvoir accélérer le processus de vaccination et d’immunisation collective.  Qu’importe le choix du vaccin, le plus important c’est d’arriver à vacciner 80% de la population dans les plus brefs délais.

 

  • Qu’en est-il des nouveaux variants qui commencent à inquiéter et présager un remake du scénario 2020 ? Les vaccins actuels sauront freiner leur propagation ?

 

L’avantage de tous les vaccins anti-covid disponibles, y compris ceux adoptés au Maroc, c’est qu’ils sont efficaces et protègent à 100% contre les formes graves de la maladie. Même par rapport aux variants nouveaux, des études expérimentales de sérologie ont prouvé que les vaccins conservent leur efficacité vis-à-vis du nouveau variant britannique. La preuve, malgré le taux important de transmissibilité de ce dernier, l’épidémie en Grande Bretagne est actuellement sur une tendance baissière. Même constat pour les variants brésilien et sud-africain. Une étude de Sinopharm publiée il y a deux semaines, affirme d’ailleurs que l’efficacité du vaccin a été conservée face aux nouveaux variants. Même attitude des autres vaccins qui ont conservé leur efficacité à plus de 50% en général et à 100% contre les formes graves. Les variants existant actuellement ne posent pas de problèmes mais on n’est pas à l’abri pour autant. La vigilance devrait rester de mise pour conserver l’avantage qu’on a là. Avec la campagne de vaccination et le trend baissier de l’épidémie les risques d’erreurs de copie et de transmission du virus sont réduits tout en réduisant les risques  d’apparition d’un variant local. Nous avons beaucoup à gagner en accélérant davantage la campagne de vaccination et d’élargir son bassin pour couper le chemin à de telles mutations.

 

 

 

  • Avec la réduction des hospitalisations constatée par cette étude et l’immunisation qui va bon train jusqu’à maintenant dans notre pays, à votre avis quand est-ce qu’on peut espérer un retour à la normale ?

 

Franchement, on ne peut envisager un vrai retour à la normale que   dans trois ou quatre ans. Disons que tout marche bien au Maroc, qu’on ait notre immunité collective, ça n’empêchera pas qu’il y ait un fond de virus qui continuera de circuler, qu’il y ait des variants qui continueront à tourner, alors il faut rester vigilants et continuer à respecter les mesures de distanciation sociale. Car même pour les personnes vaccinées, il y a un risque d’attraper le virus et surtout de la transmettre aux autres.

Ceci dit, si on a acquis cette immunité collective, on peut se permettre d’alléger les mesures préventives (économiquement, au niveau des frontières …), mains on ne doit pas pour autant enlever les mesures barrières. Nous n’avons pas encore assez de recul pour trancher que ça soit par rapport à l’immunité collective acquise et sa pérennité ou par rapport à la cadence adéquate de la  vaccination et des délais de renouvèlement. Aussi même avec une immunité collective acquise et active, est-ce qu’on va rester fermé sur nous même comme l’Australie ou la nouvelle Zélande ? Nous sommes dans une position géostratégique et économique qui nous oblige à nous ouvrir au monde et spécialement à l’Europe et à l’Afrique. Cette ouverture implique que le virus et ses variants vont continuer d’enter et de circuler dans la durée. C’est justement pour ceci que l’on appelle à une équité vaccinale dans le monde. Le Maroc est la porte de l’Afrique et il sera toujours exposé si les pays africains n’ont pas vacciné leurs peuples. Il faut être réaliste : On ne peut pas revenir à la normale tant que tout le monde n’est pas vacciné et n’a pas son immunité collective active ;  surtout que l’on sait que certains pays africains n’auront le vaccin que pour fin 2022 voire 2023.

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via Abdo El Rhazi Pr Rhassane El Adib: « Un retour à la normale n’est envisageable que dans 3 à 4 ans »

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