Friday, September 11, 2015

La rude bataille pour les libertés

Manif2015Droits de l’homme, libertés individuelles, moralisation de la vie publique… Si des avancées notables ont été enregistrées, il demeure néanmoins des retards à rattraper et des acquis à   préserver.  Au lendemain des élections communales et régionales, les thématiques sociétales et   politiques habituelles reviennent sur le tapis du débat public. L’occasion opportune pour   les Marocains de s’interroger sur l’avancée démocratique de leur pays.  

Menace sur les libertés individuelles   ?

C’est l’une des thématiques qui a créé le plus de polémique en cette année 2015. Pas un mois ne s’écoule sans que les quotidiens du royaume et les réseaux sociaux ne rapportent un fait divers d’une violence inouïe jusque-là étrangère à la société marocaine. Cela a été particulièrement le cas durant le dernier ramadan et les semaines qui ont suivi avec 6 affaires successives commentées jusque dans la presse internationale : l’agression de deux jeunes coiffeuses dans le souk d’Inezgane en raison de leur tenue vestimentaire, la diffusion sur Facebook de clichés d’hommes sur la plage d’Anza (dans les environs d’Agadir) brandissant un étendard noir enjoignant aux touristes de ne pas porter de bikini, le passage à tabac par une foule de passants d’un supposé travesti à Fès, la dénonciation   aux autorités par des commerçants de jeunes ayant bu un jus d’orange en journée sur la place Jemaâ el Fna à Marrakech, le lynchage à mort d’un homme soupçonné de vol au souk de Boumia   près de Midelt et enfin le harcèlement sexuel collectif d’une jeune mère avec   son bébé dans les bras sur la Corniche de Tanger. C’est autant la fréquence de ces agressions qui préoccupe l’opinion publique que les réponses du gouvernement   islamiste, et en particulier du   ministre de la Justice, réponses jugées par ses détracteurs comme peu fermes à l’encontre des auteurs de ces faits. Devant l’indifférence apparente d’une classe politique moribonde, et craignant de voir menacés les acquis en matière de   libertés civiles et individuelles, acteurs   associatifs et société civile se sont   mobilisés via des sit-in de soutien et la désignation de ténors du barreau pour défendre les victimes de ces agressions.

Droits de l’homme, entre optimisme   et inquiétude  

Liberté d’habillement, liberté de circulation, liberté sexuelle, place grandissante des femmes dans l’espace public… Alors que l’évolution des mœurs est inéluctable, aussi traditionnaliste puisse être la société marocaine, le bras de fer entre conservateurs et modernistes, islamistes et laïcs, gagne en visibilité et en intensité. Un duel à couteaux tirés par   médias classiques et nouveaux interposés, que l’on retrouve aussi dans le débat   autour de la réforme du Code pénal (datant de 1962). En dehors de quelques avancées (instauration de peines alternatives, criminalisation du harcèlement sexuel, de l’enrichissement illicite…), l’avant-projet rendu public par Mustapha   Ramid le 1er avril dernier, continue à être dénoncé par les partis progressistes et les militants des droits humains comme passéiste, liberticide et en contradiction avec la loi suprême et les   conventions internationales ratifiées par le Maroc. Les inquiétudes des critiques   du gouvernement Benkirane portent   notamment sur le maintien de la peine   de mort alors que celle-ci connaît un moratoire depuis 1993 (date de la dernière   exécution, celle du commissaire Tabet) et que le débat sur son abolition avait sensiblement avancé. Idem pour le maintien de la criminalisation de l’homosexualité, du prosélytisme, de   la rupture du jeun en public pendant   le ramadan ou des relations sexuelles   hors mariage. Plus préoccupant encore, l’introduction de circonstances   atténuantes en cas de crime d’honneur ou passionnel, et leur élargissement   aux autres membres de la famille en   plus de son chef, comme c’est l’usage   dans certains pays moyen-orientaux. Qualifiée également de moyenâgeuse par les progressistes, l’introduction de «l’offense aux religions» (article 219), passible de 5 ans de prison, alors même que la Constitution plébiscitée en juillet   2011 garantit la liberté d’expression et de culte. Cette nouvelle disposition   vient s’ajouter au tout aussi flou   «ébranlement de la foi d’un musulman   » (article 220 du Code actuel), à   l’origine de l’incarcération de plusieurs Marocains convertis au christianisme, le législateur sanctionnant le prosélytisme et non l’apostasie. Si le projet de M. Ramid est adopté, ses détracteurs   craignent que celui-ci n’ouvre le champ aux interprétations abusives et arbitraires de la part d’agents d’autorité ou   de magistrats zélés. D’où la nécessité vitale et impérieuse d’un débat national   sur la refonte du Code pénal et plus globalement sur la réforme de la Justice,   attendue depuis plusieurs années   par les Marocains.

Moralisation de la vie   publique, numéro vert et carton   rouge  

Dans le cadre de cette même réforme judiciaire, il est prévu un durcissement   des sanctions contre la corruption, le détournement de fonds publics et   autres voies d’enrichissement illicite. Ce dernier, jusque-là impuni par le législateur, devrait désormais faire l’objet d’un article spécifique dans la   nouvelle mouture du Code pénal. En   vertu de l’article 256-7 de l’avant-projet présenté par le ministre de la Justice,   les fonctionnaires publics incriminés écoperont ainsi de 2 mois à un an d’emprisonnement et de 5000 à 50.000 dirhams d’amende. Dans le même souci de moralisation de la vie publique et   de lutte participative contre la corruption, en juin dernier, les autorités   judiciaires ont mis en place un numéro vert (0800004747) pour encourager les citoyens à dénoncer sous anonymat les actes de corruption et autres trafics d’influence. Un outil bien pensé, les appels des témoins étant automatiquement transférés à des magistrats   spécialisés, qui transmettent ensuite les dossiers au Parquet compétent. La ligne a déjà permis l’arrestation en flagrant délit de trois fonctionnaires en juillet dernier, en l’occurrence un employé de l’administration des Douanes dans la métropole économique à Casablanca, un président de commune à Meknès et un moqaddem à Casablanca. Des   débuts encourageants, sachant que le phénomène est aussi tabou qu’endémique. En effet, malgré la progression du Royaume dans le classement de Transparency International (passant en 2014 de la 91ème à la 80e place de l’indice sur la corruption) et les initiatives des gouvernements successifs visant à endiguer ce fléau, celui-ci   continue à gangréner tous les secteurs   d’activité, publics comme privés, et tous   les échelons de la société.

Travail des enfants, droits   des mineurs  

Le travail des enfants mineurs figure parmi les débats les plus vifs qui agitent les médias nationaux. Et pour cause. Les chiffres font froid dans le dos. Ainsi, selon le «Collectif pour l’éradication du   travail des petites bonnes», entre 60.000 et 80. 000 fillettes de 8 à 15 ans, issues   pour la plupart de milieux ruraux et pauvres, sont exploitées comme domestiques   à travers le pays. Déscolarisées très jeunes par leurs familles, elles sont placées par des intermédiaires (les   fameux samsaras) chez des familles citadines des classes moyenne ou aisée en contrepartie d’un salaire mensuel excédant rarement les 500 dirhams, et sont souvent victimes de traitements dégradants voire de maltraitance physique et sexuelle. Suite à l’indignation générale suscitée par la mort de petites bonnes   torturées par leurs patrons ces dernières années, le législateur a décidé de durcir   le ton à l’encontre des employeurs. Ceux-ci, en vertu du projet de loi 19-12, risquent désormais des peines de un à   trois ans de prison. L’âge de recrutement sera de 16 ans au moins, avec contrat de travail, salaire minimum et indemnités de licenciement. Ceci dit, comme dans   tous les autres domaines, il reste à combler le fossé entre l’adoption de la loi et   son application effective.



via Abdo El Rhazi La rude bataille pour les libertés

Quel avenir pour la création artistique ?

Une image tirée de Much Loved de Nabil Ayouch

Une image tirée de Much Loved de Nabil Ayouch

Si depuis une vingtaine d’années, le Maroc a fait de grandes avancées dans le domaine de la liberté d’expression, il n’en demeure pas moins que la liberté de création artistique reste toujours menacée.

Au Maroc, les œuvres culturelles continuent d’être censurées, voire interdites. Les conservateurs, voulant imposer leur «art propre», mettent en péril toute une tradition marocaine d’ouverture et de tolérance qui caractérise notre pays depuis plusieurs décennies. La création intellectuelle se retrouve ainsi otage d’idées rétrogrades de ceux qui se positionnent comme gardiens de la morale. Du coup, le combat idéologique qui oppose les discours des progressistes à celui des conservateurs témoigne souvent d’une société qui frôle la schizophrénie identitaire. Devant l’absence d’un véritable débat constructif et le mutisme des politiques, les réseaux sociaux où la culture de l’argumentation et du débat est presque inexistante, s’érigent dangereusement en «Vox Populi» et contribuent à l’émergence de pensées obscurantistes, contraires aux valeurs d’ouverture, de tolérance et de diversité, qui ont constitué de tout temps l’identité marocaine. Limiter la création artistique constitue un danger pour le projet de société moderniste, démocratique et humaniste dont nous sommes porteurs.

On se demande aujourd’hui comment une société qui aspire à la démocratie peut-elle faire l’impasse sur la liberté d’expression artistique et culturelle ?

Censure et ordre moral

Ayant généralement pour cible la libéralisation de l’amour et des mœurs, la diversité culturelle ou le pouvoir de représentation de l’art, la censure, en dangereuse évolution au Maroc, s’exerce aujourd’hui de manière pernicieuse. Un combat idéologique oppose plus que jamais le discours des progressistes à celui des conservateurs et adeptes de l’art propre. Les agissements des politiques, dont le discours populiste cherche souvent à anticiper celui de la société, traduisent un profond malaise et témoigne d’une société en crise qui cherche à panser ses plaies en choisissant la censure comme réponse de dernier recours, une société qui a du mal à parler ouvertement de ses tabous et à assumer sa diversité et qui, des fois, a du mal à souscrire à son devoir de tolérance et d’ouverture.

Justifié par la recherche de repères identitaires, un ordre moral semble aujourd’hui prendre le dessus et va à l’encontre du monde moderne, lequel exige que l’on reconnaisse lucidement le droit à la diversité et à la liberté de la création intellectuelle et culturelle.

 

Le cinéma, la bête noire des censeurs

Si certaines œuvres cinématographiques passent entre les mailles du filet de la censure, il n’en est rien pour d’autres. Se pose alors la question des critères sur lesquels on se base pour censurer un film. Certaines œuvres sont donc tolérées mais pas d’autres…

En février 2014, le 1er long métrage de Abdellah Taïa sur l’homosexualité, L’armée du salut, figurait en compétition officielle pour la 15e édition du festival national du film de Tanger. Pourtant, il n’est jamais sorti dans les salles nationales !

Interdite pour représentation de Dieu, la fresque biblique Exodus : Gods and kings était sortie en salles au Maroc le 24 décembre dernier, avant d’être déprogrammée le même jour. Le film a finalement été projeté en salles, deux semaines plus tard, après que le réalisateur américain Ridley Scoot et la société de production FOX eut accepté de couper 5 secondes du film qui faisaient allusion à la personnification divine. Le directeur du Centre cinématographique, avait affirmé, à l’époque, que même dans «les pays démocratiques, les cinéastes n’ont pas le droit de tout dire ou de tout montrer au nom de la liberté de création» en ajoutant que «le film présente des propos qui peuvent être qualifiés de blasphématoires».

Pour sa part, Mustapha El Khalfi, ministre de la Communication, avait rappelé que «la décision prise par la Commission n’atteint aucunement la liberté de la création artistique garantie par la Constitution».

Pourtant, l’article 8 de la loi 20-99 relative à l’organisation de l’industrie cinématographique stipule que : «la commission de visionnage des films veille au refus de visa ou à la coupure dans leur contenu pour ceux qui présentent des scènes contraires aux bonnes mœurs ou préjudiciables aux jeunes». Or, dans aucun cas, il n’a été question de blasphème.

Interdit de projection pour «outrage grave aux valeurs morales, à la femme marocaine et une atteinte flagrante à l’image du royaume», le dernier film de Nabil Ayouch sur la prostitution, Much Loved, présenté à la Quinzaine des réalisateurs cannoise en mai dernier avait lui aussi fait couler beaucoup d’encre et soulevé des débats houleux. Sa censure anticipée par le ministère de la Communication avant même la procédure d’obtention de son visa d’exploitation en salles et la déprogrammation du débat par la suite autour du film lors de l’émission Moubachara Ma3akoun sur 2M interrogent plus que jamais la société marocaine sur la liberté de création artistique et révèle l’urgence de créer une véritable culture de débat, au moment où les réseaux sociaux se substituent aux médias et font écho au bruit de l’opinion publique, sans engendrer une réelle réflexion ouverte, constructive et éclairée.

Pourquoi refuse-t-on encore aujourd’hui qu’un débat critique responsable ait lieu sur les réalités qu’un film traite, en se cachant derrière de faux-débats sur ce que le film suscite comme réactions? Choqué et surpris par la polémique créée par son film, Nabil Ayouch avait déclaré que «toute une partie de la société civile, des médias marocains et des institutions, avaient très bien compris les enjeux du film et se positionnaient de manière favorable dans ce débat. Et qu’il fallait que cela reste dans le respect des règles du débat démocratique». Le réalisateur qui avait fait l’objet de menaces de mort sur les réseaux sociaux, avait évoqué une «mise en danger de la liberté d’expression» et avait estimé qu’en montrant la réalité de la prostitution, il ne réalisait pas à quel point les gens refusaient de la voir. «Comme moi, plusieurs personnes croient en ce pays et en son avenir, ils ont peur pour les acquis de notre société et la liberté d’expression. Il ne faut pas faire marche arrière. Il ne faut pas céder à cette forme de censure et de manipulation».

A l’instar du cinéma, l’art pictural connaît aussi des limites. Une des toiles judéo-amazighe de Chama Mechtaly vient d’être censurée au Maroc parce qu’elle « pouvait choquer le public, provoquer des réactions extrémistes et qu’elle déformait un emblème national». Intitulée Drapeau marocain revisité, l’œuvre, une toile sur fond rouge, comporte en son centre, une étoile de David verte. Choquée par cette censure, la jeune femme explique que pour elle, «l’étoile est un symbole que juifs, musulmans et chrétiens partagent» et que dans le tableau, elle avait «mis le tifinagh, l’hébreu et l’arabe et donc toutes les composantes de l’identité marocaine selon la constitution de 2011».

Pour une véritable culture de débat

Le mutisme total des politiques a conféré aux réseaux sociaux plus de pouvoir et a mené à plusieurs dérives. Se transformant dangereusement en «Vox populi», ils ont été le terrain propice de jeu d’internautes hystériques auxquels le recul et la qualité d’argumentation manquent souvent et dont la haine accompagne gratuitement les propos. En laissant le champ libre aux réseaux sociaux où la culture de l’argumentation et du débat est presque inexistante, et en évitant de développer de réels espaces d’expression dans les médias, le débat nécessaire sur les véritables tenants et aboutissants de plusieurs œuvres culturelles contestées ne peut se produire de manière constructive et objective. Ce vide ne fait qu’amplifier la polémique et ne constitue en aucun cas un débat responsable et équilibré. Aujourd’hui, il est impératif de contextualiser et d’argumenter, et il est nécessaire que les médias s’en emparent de manière responsable.



via Abdo El Rhazi Quel avenir pour la création artistique ?

Panne générale au Maroc dans les sports

Hicham El Guerrouj, souvenirs, souvenirs...

Hicham El Guerrouj, souvenirs, souvenirs…

Le sport, devenu ailleurs une grande industrie, est le maillon faible de la stratégie de développement national.

Le Maroc a maintenant de grands stades de football, mais n’a pas encore une sélection nationale capable de remporter des titres. Hormis quelques exceptionnels exploits, comme celui du Raja au petit Mondial, les équipes de la Botola ne font pas mieux. Elles non plus ne parviennent plus à tenir tête à leurs homologues du continent. Du coup, le football marocain patauge dans la médiocrité. Tout le monde est en attente d’un sursaut qui tarde à venir.

Dans les autres disciplines, la situation n’est pas meilleure. Même si le cyclisme et l’athlétisme ont pu marquer des points au niveau continental, les champions nationaux de restent presque absents à l’échelle internationale. Elle est bien loin l’ère des Aouita, d’El Guerrouj, de Nawal El Moutawakil…

Le Royaume n’a pas non plus de tennisman pouvant crever l’écran, comme ont pu le faire Younes El Aynaoui et Hicham Arazi. On peut multiplier les exemples à l’envi en faisant le tour de toutes les sports, pour arriver à la même conclusion : le sport est dans un état comateux dans le pays.

C’est ce même constat qui a été établi, en 2008 déjà, lors des deuxièmes Assises du sport tenues à Skhirat. Pour rappel, le Souverain a adressé à cette occasion un message qui restera dans les annales. Le Roi Mohammed VI y a appelé à l’instauration d’«un dispositif moderne et efficace de régulation du secteur sportif». C’est ce qui devait permettre de remédier aux dysfonctionnements dont pâtit l’évolution du sport dans le pays. Le Souverain a cité comme exemple de ces dysfonctionnements, le fait que «le sport est en train de s’enliser dans l’improvisation et le pourrissement, et qu’il est soumis par des intrus à une exploitation honteuse pour des raisons bassement mercantilistes ou égoïstes».

Le Roi Mohammed VI a également mis en exergue la place de la pratique sportive, comme étant, «un des droits fondamentaux de l’Homme» et «un levier du développement humain», tout en soulignant la nécessité d’en élargir l’accès aux hommes et aux femmes de toutes les franges de la société, ainsi qu’aux régions et zones défavorisées et aux personnes à besoins spécifiques. En outre, le Souverain a pointé du doigt «la multitude des défaillances» ayant conduit à des «carences majeures» et qui exigent «une révision du mode de gouvernance». D’où cette recommandation royale qu’il fallait adapter le cadre juridique aux développements observés dans le secteur sportif et élaborer une stratégie nationale multidimensionnelle pour parvenir à la réalisation de résultats concrets.

Bien sûr, des solutions, toutes bonnes en théorie et coûteuses en pratique, ont été proposées par les ministres qui se sont succédés à la tête du département de la Jeunesse et des sports, mais elles n’ont rien apporté de concret. La preuve, 7 ans après les Assises de Skhirat, la sélection nationale n’a toujours pas remporté de titre, les athlètes marocains de haut niveau se font rares, tout comme les tennismen…



via Abdo El Rhazi Panne générale au Maroc dans les sports

Un discours injustifié

Ahmed CHARAI

Ahmed CHARAI

Dans les salons, la bourgeoisie rentière développe un discours anxiogène. Selon ses thèses, en dirigeant les grandes villes, le PJD mettra les bâtons dans les roues de l’économie en général et de leurs intérêts en particulier. Ces «théoriciens» sortent la panoplie de leurs fantasmes sur la prétendue islamisation de la société, l’atteinte au tourisme, ou encore le populisme dans la gestion communale. La réalité est plus complexe, plus contrastée. La victoire, politique, du PJD est réelle bien que relative, mais elle ne met aucunement en danger le fonctionnement des institutions. Ce parti participe à la gestion communale depuis 2003, a géré des municipalités et a même co-géré Casablanca pendant quinze ans. Le tout dans la «normalité» la plus absolue. On ne déplore aucune décision qui justifierait ces fantasmes. D’abord, l’architecture institutionnelle est ainsi faite, que même premier en nombre de voix, le PJD n’a pas les mains libres. Il est obligé de passer des alliances. Ensuite, les communes auront à traiter avec les pouvoirs de la région et ceux du wali. Le chapitre investissements dépend davantage de ces deux instances que des maires. Le PJD connait toutes ces subtilités et a démontré qu’il s’en accommode très bien. Le Chef du Gouvernement, depuis 2012, a un grand respect pour les équilibres prévus par la constitution. Il a déclaré à plusieurs reprises qu’il était «plus royaliste que le Roi», au point de s’être attiré les critiques de l’opposition. Même certains de ses propres députés estiment qu’il n’exerce pas, à leurs yeux, toutes ses prérogatives. Si le discours de Abdelilah Benkirane est jugé parfois populiste, son action ne l’est pas. Il a réussi la décompensation sans trop de casse, aidé par la baisse des cours internationaux, et s’apprête à lancer une réforme des retraites, douloureuse pour les salariés. Deux réformes sur lesquelles les gouvernements précédents ont manqué de courage. Son programme économique est ultralibéral. Le Chef du gouvernement a préféré recourir à l’endettement plutôt qu’à l’augmentation des impôts. Il parle de privatiser des secteurs régaliens tels que l’Education ou encore la Santé. Sur les questions des valeurs, telles que les libertés individuelles ou l’égalité, les acquis sont préservés par la loi et les institutions dont le garant est le Roi, incarnation de la Nation. Ce rôle est consacré par la constitution qui a été plébiscitée par le peuple marocain. Il n’y a donc pas de séisme à craindre, mais il y a plutôt une confiance dans les institutions à renforcer. Le taux de participation aux élections a augmenté de manière significative, mais aussi inégale. Il demeure, par exemple, très faible à Casablanca (à moins de 30%). Le vote exclut de plus en plus les petits partis qui n’ont eu que quelques dizaines d’élus. Ce sont des avancées, de même que le nombre de femmes élues qui dépasse le tiers imposé par la discrimination positive. Le PJD recueille 20% des voix, cela relativise le raz-de-marée. Maintenant, il faut imposer un vrai débat public sur les valeurs, mais aussi sur le modèle de développement, l’actuel étant de toute évidence épuisé, sur l’environnement, sur l’éducation qui est en faillite. Sur tous ces sujets, le patronat, le vrai, celui qui investit, crée des emplois et prend des risques, est un acteur principal. Les discours anxiogènes atteignent ce qui est essentiel pour l’économie, à savoir la confiance. Or, ils sont totalement injustifiés, non crédibles, parce qu’ils ne résistent pas aux faits. La rationalité, c’est de respecter le choix du peuple, d’enrichir le débat national et de faire confiance à la solidité des institutions.



via Abdo El Rhazi Un discours injustifié

Ces régions qui font la richesse du Maroc

Carte_Rgions_HCPLes comptes régionaux que vient de publier HCP confirment les évolutions contrastées des valeurs du PIB des différentes régions du pays. Détails.

 Voici des chiffres que les futurs présidents des régions doivent bien noter. Quatre régions créent plus de la moitié de la richesse nationale (51,2 % du PIB en valeur). Il s’agit de la région du Grand Casablanca (23,4% du PIB), de Rabat-Salé-Zemmour-Zaer (11,6%), de Tanger-Tétouan (8,5%) et de Souss-Massa-Daraâ (7,7%). Marrakech-Tensift-Al Haouz (7,4%), de chaouia-ouardigha (6,9%), de Doukala–Abda (6,7%) et de Meknès–Tafilalet (5,4%), elles, participent pour un peu plus du quart (26,4%) du PIB. Les régions restantes contribuent pour 22,2% du PIB. Il s’agit de l’Oriental (4,7%),  Gharb-Chrarda-Béni Hssen (4,1%), les trois régions du sud (4,0%), Fès–Boulemane (3,9%), Taza-Al Hoceïma–Taounate et Tadla-Azilal (2,7% chacune).

Création des richesses, l’écart se creuse

Toujours selon le HCP, sept régions ont enregistré des taux d’accroissement du PIB en valeur supérieur à la moyenne nationale (6,3 %). Il s’agit des régions de Doukala–Abda (18,8%), Souss-Massa-Daraâ (13,6%), Tanger-Tétouan (12,2%), Gharb-Chrarda-Béni Hssen (11,2%), l’Oriental (10,8%), Tadla-Azilal (10,4%) et le Grand Casablanca (8,4%).

La région de Marrakech-Tensift-Al Haouz a réalisé un accroissement similaire à la moyenne nationale (6,3%). En revanche, deux régions ont affiché des rythmes de croissance positifs, mais inférieurs à la moyenne nationale. Il s’agit de Fès–Boulemane (4,2%) et de Meknès–Tafilalet (3,5%).

Les régions de Chaouia-Ouardigha, de Rabat-Salé-Zemmour-Zaer, les trois régions du Sud et la région de Taza-Al Hoceïma–Taounate ont marqué, quant à elles, des croissances négatives, respectivement de (-2,7%), (-3,8%), (-1,1%) et (-0,2%). «Ces évolutions se sont traduites par un creusement des écarts entre les régions en termes de création de richesse.

En somme, «l’écart absolu moyen (la moyenne des écarts absolus entre le PIB des différentes régions et le PIB régional moyen) s’est situé à 29,6 milliards de DH en 2013 au lieu de 28,1 milliards une année plus tôt», relève le HCP.

Des dépenses inégalitaires

Côté dépenses de consommation finale des ménages (DCFM) en 2013, quatre régions y ont participé pour 47,2%. Il s’agit du Grand Casablanca (17%), suivi de Tanger-Tétouan (11,2%), de Souss-Massa-Draâ (10,3%) et de Rabat-Salé-Zemmour Zaer (8,7%). Les autres régions ont des contributions comprises entre 3,1 pc pour la région de Tadla-Azilal et 8,7% pour la région de Marrakech-Tensift-Al Haouz.

Globalement, les dépenses de consommation sont de plus en plus inégalitaires, note le HCP, soulignant que l’écart absolu moyen entre la DCFM des différentes régions et la DCFM régionale moyenne a atteint 15,7 milliards de dirhams (MMDH) en 2013 au lieu de 14,8 MMDH en 2012.



via Abdo El Rhazi Ces régions qui font la richesse du Maroc

Wednesday, September 9, 2015

Libre cours

Naim KAMAL

Naim KAMAL

Un tollé, encore un, a été provoqué par le harcèlement d’une jeune fille par plusieurs jeunes sur la corniche de Tanger. Un fait presque banal pour ceux qui ont une idée de la vie nocturne de la ville du détroit, ses mœurs, ses us et coutumes, ses vacanciers, ses jeunes, ses bars, ses boîtes et ses cabarets, ses snifes et ses joints. Ce qui n’empêche pas la Toile de s’enflammer comme un feu d’été et tout ce que compte le microcosme comme féministes, y compris votre serviteur plus suiveur qu’initiateur, d’exiger cette fois-ci une marche nationale. Trop c’est trop et il est grand temps de réagir fermement. Mais l’appel semble se perdre dans la torpeur estivale peu propice à la contestation et à la révolte. L’heure est au repos du «guerrier» qui n’a aucune envie de réduire son programme de vacances en plans sur la comète.

Il faut concéder que le monde a changé entraînant avec lui le changement de l’espace de la contestation et de la protestation. La rue reste un vecteur indépassable de l’expression du mécontentement. Mais la vaste Toile sans frontières est devenu un premier sas qui happe dans ses fils de soie viciée, et souvent corrompus, tous les murmures de la planète pour les colporter dans un mouvement amplificateur jusqu’au bout du monde. Une boule de neige grandeur Internet.

D’où la légitimité de l’interrogation : l’agression des filles d’Inezgane, les violences contre le travesti de Fès, le lynchage jusqu’à la mort du voleur de Midelt sont-ils des comportements si étranges et si étrangers à notre société ou des agissements récurrents grossis en gigabits par les réseaux sociaux prompts à leur insuffler une charge émotionnelle décuplée par le nombre des intervenants ? Une introspection honnête révèlerait au Maroc une société globalement misogyne portée par des attitudes machistes décomplexées. Mais cette phallocratie ne s’exprime pas partout de la même manière. Ses manifestations varient d’une région à l’autre, d’une ville à l’autre, d’un quartier à l’autre. Dans cette géographie socioculturelle, Internet, qui n’est pas un outil démocratique mais égalitaire, a mis face-à-face les principales tendances de la société marocaine.

L’une, la plus agressive aujourd’hui, sans doute la plus nombreuse aussi, ancrée dans ses archaïsmes, enhardie par les vents régressifs qui soufflent sur le monde musulman, encouragée par la culture rétrograde ambiante, profite de l’avantage pour verser encore plus dans l’intimidation de la société. Elle est de plus en plus insolente, de plus en plus proéminente. L’autre qui se veut moderniste, mais n’en a pas toujours les positions et les pratiques conséquentes, résiste, seulement autant que faire se peut, et dégage un désarroi intellectuel désormais acquis.

Pendant que les conservatismes rongés par l’obscurantisme gagnent en confiance, passent à l’acte, la tendance moderniste, minée par le doute, se calfeutre dans l’univers virtuel et semble en perte de vitesse. Ses acteurs savent qu’en haut lieu la construction démocratique et moderniste est un fondamental des choix politiques faits pour le pays. Ils savent aussi que le pouvoir et les autorités qui en découlent sont de moins en moins insensibles à l’opinion publique, même si l’impact de celle-ci reste tributaire en grande partie d’un risque d’embrasement ou des résonnances de son action à l’extérieur. Il n’en reste pas moins qu’ils devinent également que le pouvoir n’est pas une unité compacte, mais est travaillé par ses propres tendances, ses propres conservatismes et un nécessaire pragmatisme aigu pour gérer les contradictions d’une société dont une bonne partie se cherche dans le passé.

Il y a dans cet état des choses de quoi calmer le trouble des modernistes. Mais leur désarroi qu’entretient un environnement régional et international plus que jamais incertain, reste palpable et explique, sans l’excuser, les craintes pour l’avenir et l’angoisse paralysante de cette frange de la société marocaine qui assiste pratiquement impuissante à la recomposition du champ politique national où des forces qui représentaient ses valeurs refuges s’égarent, c’est le cas du PPS, dans des alliances douteuses, ou sont entrées, c’est le cas de l’Istiqlal et de l’USFP, dans un lent processus de décomposition.



via Abdo El Rhazi Libre cours

Des gendarmes en garde à vue

manif

Un officier commandant de la compagnie de la Gendarmerie Royale de Oued Amlil (province de Taza) et 5 autres gendarmes sont actuellement en garde à vue. Ils seront présentés pour poursuite pénale devant les tribunaux compétents. Et leur excès de zèle pourrait leur coûter très cher. Une enquête menée par la brigade nationale de la  Gendarmerie Royale, sous la supervision du parquet compétant, a montré que les personnes incriminées « ont causé la mort d’une personne interpellée lors d’une campagne d’assainissement opérée le 1er septembre 2015 » indique un communiqué du Ministère de l’Intérieur. Malmenée brutalement, la victime, qui a subi une hémorragie a succombé sur le chemin de l’hôpital.

L’affaire avait fait beaucoup de bruit en plein campagne électorale. Les citoyens, avec la mère du défunt à leur tête ont manifesté devant la gendarmerie contre le commandant de la compagnie dont les méthodes ont été jugées trop expéditives, rapportait le quotidien Libération.



via Abdo El Rhazi Des gendarmes en garde à vue