Tuesday, April 26, 2016

Maroc Telecom démarre 2016 sous de bons auspices

maroc-telecomL’opérateur panafricain a réalisé de bons résultats au premier trimestre 2016. Son chiffre d’affaires a progressé de 10,2% pour toutes les activités du Groupe (Maroc et filiales africaines).

Maroc Telecom compte à la fin mars 2016 près de 53 millions de clients, ce qui représente une hausse de 3% de son parc clients.

Au Maroc, le chiffre d’affaires a légèrement fait un rebond de +0,9%. L’opérateur renoue avec la croissance de son CA qui était affecté par ses lourds investissement, d’après le directoire. 

Quant aux filiales africaines, elles continuent d’afficher la forme avec 12,7% de CA.



via Abdo El Rhazi Maroc Telecom démarre 2016 sous de bons auspices

Monday, April 25, 2016

Médicaments : Sothema signe avec le russe Biocad et attend le « OK » du ministère

laboratoire-midac_tubes-a-essai La société pharmaceutique Sothema a récemment signé avec la multinationale russe Biocad une convention lors de la visite de SM le Roi en russie.

Il s’agit d’une convention pour la production de 3 médicaments contre le cancer. Ainsi, Sothema compte produire les Rituximab, Bevacizumab et Trastuzumab.

Elle a sollicité auprès du ministère de la santé une autorisation de conformité qui lui permettra de pouvoir produire ces médicaments à des prix de commercialisation bas. Sothema compte même exporter ses nouveaux médicaments dans leurs marchés habituels en Afrique et en Europe.



via Abdo El Rhazi Médicaments : Sothema signe avec le russe Biocad et attend le « OK » du ministère

Ainsi va le monde !

Vincent HERVOUET

Vincent HERVOUET

Jeudi, petit-déjeuner avec Alain Juppé

«Certains veulent renverser la table. Moi, je veux mettre un nouveau couvert. Il s’agit de rassembler, mais pour réformer». Dans ce salon de l’hôtel George V, l’ancien Premier ministre est en terrain conquis. Personne à table n’envisage de lui demander de comptes. Pourquoi faut-il donc qu’il vante les réformes lancées, il y a plus de 20 ans et qui avaient fini par mettre le pays dans la rue ? Pourquoi vouloir prouver qu’il a toujours raison ? Sur l’éco, l’éducation, l’Europe, la Libye, la Syrie, l’Islam, etc. On dirait le plaidoyer d’un retraité. Cette auto-commémoration permanente suscite une sorte de joie amère : Alain Juppé a le narcissisme douloureux. «Le meilleur d’entre nous», comme disait J. Chirac, ne comprend pas que l’électorat de droite reproche à sa génération d’avoir orchestré le déclin.

Mardi, diner avec une longue cuillère

Etre ministre en Hongrie, c’est avoir à se justifier dès qu’on voyage en Europe. Laszlo Trozanyi est ministre de la Justice et il a ses habitudes dans ce club sélect dont les hautes fenêtres ouvrent sur la Concorde. Il n’y a pas si longtemps, il était ambassadeur à Paris. Ce sont ses anciens collègues auxquels il doit maintenant expliquer que le régime décrié de Viktor Orban ne représente aucune menace en Europe. Il le fait en juriste et défend les accords de Dublin piétinés par l’afflux des migrants. Ce n’est pas la grille dressée à la frontière serbe qui aurait ruiné les accords de Schengen mais les bras ouverts d’Angela Merkel aux réfugiés. A vrai dire, depuis le début de l’année, le revirement des Européens sur ces questions semble donner raison à Budapest (Seulement 146 réfugiés ont obtenu l’asile en Hongrie… mais moins de 20 en Espagne…) Le ministre plaide surtout en historien et rappelle que son pays a survécu à des siècles de menaces ottomanes, la dislocation de son empire, le calvaire des occupations nazies et soviétiques… Si la constitution qui prétend que «Dieu bénit les Hongrois» choque Bruxelles, alors c’est l’Europe qui pose problème en reniant ses racines. CQFD

Mercredi, «l’écureuil empaillé ?» 

A Toulouse porte un nom très français, mais n’a pas l’accent de la ville rose. Elle vit depuis trop longtemps à Arlington dans la banlieue de Washington. Cette consœur américaine a été l’une des premières à tenter d’expliquer le phénomène qui bouleverse la campagne 2016 : «Pourquoi voter pour un homme qui a un drôle d’écureuil assis sur la tête ?». Donald Trump mérite mieux qu’un haussement d’épaules ou un soupir accablé. C’est un clown qui venge la classe moyenne de sa colère contre les institutions. «The» Donald semble sorti du feuilleton «Happy days» qui cultive la nostalgie des années 50 où l’Amérique vivait sans états d’âme : «il cherche à s’identifier au héros bien-aimé du feuilleton, macho, grande gueule, dragueur, bagarreur et rebelle, en lutte contre l’autorité et les convenances, qui installe son bureau dans les toilettes pour homme d’un restaurant…» A la veille des primaires dans le Wisconsin, Mélania, sa troisième épouse a été mobilisée en urgence pour dire que son mari est un chic gars. Trop tard ! A force de déclarations provocantes, «the Donald» a fini par lasser l’électorat féminin. C’est plus grave que le rejet qu’il suscite dans les minorités. Résultat : sa défaite face à Ted Cruz est cinglante. Elle donne un premier coup d’arrêt à ses ambitions présidentielles. L’écureuil bientôt empaillé ?



via Abdo El Rhazi Ainsi va le monde !

Entretien : Ignacio Alvarez Ossorio, Professeur des études arabes à l’université d’Alicante

Très peu étudié en Europe, le phénomène de radicalisation islamiste commence à intéresser les chercheurs. D’où des indicateurs édifiants concernant l’Espagne. A Madrid. Entretien réalisé par Barbara Casado

Ignacio Alvarez Ossorio

L’Observateur du Maroc et d’Afrique : Comment évolue le processus de radicalisation chez les jeunes en Espagne ?

Ignacio Alvarez Ossorio : Le processus de radicalisation en Espagne se déroule en particulier à Ceuta et Melilla. Il est concentré à 70% dans les mosquées où il y a des prêcheurs radicaux, même si ces derniers temps la radicalisation s’est intensifiée à travers les réseaux sociaux.

Quel est le profil type des jeunes radicalisés ?

Leur profil a beaucoup changé au fil du temps. Mais en général, ce sont des jeunes hommes, avec un niveau d’instruction très bas, qui sont souvent liés à la délinquance. Ils se radicalisent à une étape de leur vie où ils sont encore vulnérables, manquent de maturité et sont donc facilement influençables par des idéologies extrémistes.

Il faut savoir que 71,6% des terroristes islamistes en Espagne se radicalisent sur le territoire national, indépendamment de l’origine ou de la nationalité des individus concernés. Cependant, ceux qui ont été radicalisés en dehors de l’Espagne, l’ont été principalement en Algérie (39%) et au Pakistan (30%).

Quels sont les principaux lieux de radicalisation de ces jeunes?

Parmi les endroits les plus communs où ce processus de radicalisation se déroule, on peut citer les mosquées, les prisons et les lieux de rassemblement : cafés Internet, cabines téléphoniques, boucheries halal, gymnases, salons de thé, etc.

En chiffres, les prisons sont des lieux de radicalisation pour au moins 17,3% de djihadistes espagnols. Le fait de faire cohabiter des djihadistes avec d’autres prisonniers n’a pas favorisé la prévention de la radicalisation.

En outre, les petits magasins, les salons de coiffure, les magasins de prêt-à-porter, et d’alimentation, les restaurants et les centres d’appels, généralement situés dans le même quartier, sont aussi des zones de radicalisation et de recrutement particulièrement ciblés. Dans le quartier de Madrid de Lavapies, par exemple, entre la fin des années 90 et le début des années 2000, il y a eu une série de créations d’entreprises contrôlées par les djihadistes qui étaient capables d’initier ou d’intensifier la radicalisation et d’attirer de nombreux jeunes musulmans dans la région.

Par ailleurs, parmi les autres lieux où la radicalisation s’est développée, il y a le Centre culturel islamique, connu sous le nom de la mosquée M-30, la mosquée d’Abu Bakr également à Madrid ou encore la mosquée Tariq bin Ziyad à Barcelone.

Ces mosquées organisent souvent des excursions et des réunions de famille dans des espaces généralement éloignés de l’environnement urbain. Certains sites situés sur les rives de la rivière Alberche, non loin de Madrid, font partie des zones qui étaient souvent utilisées par Imad Eddin Barakat Yarkas, chef de la cellule d’Al-Qaïda en Espagne pour la radicalisation de ses disciples.

Du reste, au cours des dernières années, Internet et les réseaux sociaux deviennent des moyens très utilisés pour passer des messages extrémistes et promouvoir la radicalité et la violence.

Comment peut-on éviter cette radicalisation?

Il est important de prendre des mesures multidimensionnelles pour résoudre ce problème. L’action des forces de sécurité de l’Etat est indispensable, mais elle ne suffit pas. Nous devons promouvoir aussi un islam modéré, autre que celui exporté par l’Arabie saoudite. Dans ce sens, la vision du Roi du Maroc pour la promotion d’un islam tolérant est très pertinente, avec notamment une formation appropriée des imams. Une telle formation est un élément indispensable dans la lutte contre le radicalisme en Espagne et en Europe.

Dossier « De la délinquance à Daech » L’Observateur du Maroc et d’Afrique n° 349 du 08 au 14 avril 2016

 



via Abdo El Rhazi Entretien : Ignacio Alvarez Ossorio, Professeur des études arabes à l’université d’Alicante

Entretien : Michel Onfray, Philosophe français

C’est le philosophe français le plus lu dans le monde et le plus controversé. Michel Onfray publie chez Grasset un essai au titre évocateur «Penser l’islam». Dans la presse, il cumule les Une hostiles et les éditos favorables. En homme libre, il continue son travail de philosophe. Pour lui, vivre en philosophe est plus important que de constituer une œuvre théorique. Après les attentats de Paris, il a pris du recul et s’est retiré de la scène médiatique. Il revient avec un essai annoncé comme un véritable brûlot. Propos recueillis par Olivier Stevens

Michel Onfray,

L’Observateur du Maroc et d’Afrique : Pourquoi vous êtes vous imposé cette diète médiatique ?

Michel Onfray : J’ai souhaité que «Penser l’islam» ne paraisse pas en janvier au moment des célébrations commémoratives des attentats contre Charlie Hebdo. Je voulais calmer les esprits. De même, je me suis retiré de Twitter dans un souci d’apaisement. J’ai été fort critiqué dans tous les sens : j’étais un islamophile, un islamophobe, je faisais le jeu de Daech puis celui du Front National. Reporter une publication n’est pas y renoncer. Je n’ai rien changé à mon livre.

Avez-vous hésité à le sortir au lendemain des attentats de Bruxelles ?

Non. Mais il faut bien sûr être vigilant avec les mots qu’on emploie, c’est pour cela que j’ai volontairement limité le nombre de mes interviews lors de la sortie de ce livre.

Que pensez-vous du débat sur la déchéance de nationalité ?

C’est un aveu d’impuissance du pouvoir en place. Ce n’est évidemment pas une réponse crédible à ce qui se passe. Retirer leur nationalité à des gens qui ont la volonté de se faire exploser entraînant dans la mort des dizaines ou des centaines de victimes, c’est évidemment ridicule. C’est organiser un débat intellectuel, d’un niveau très faible d’ailleurs, parce qu’on ne sait vraiment pas quoi faire sur le terrain. Hollande, le gouvernement Valls ou les Républicains n’ont aucune solution à proposer. Le peuple le sait, il n’est pas dupe de ce spectacle lamentable. Les politiques occupent l’espace médiatique avec des effets d’annonce, avec de faux débats, de fausses querelles qui leur permettent de gagner du temps.

Que faut-il faire selon vous ?

Il faut d’abord écouter le peuple. La vox populi lorsqu’on ne l’abrutit pas avec des émissions de télévision débiles, lorsqu’on ne le transforme pas en idiocratie, témoigne d’un solide bon sens. Il a le sens de la vérité, détecte très vite qui est sincère ou pas. Je viens d’un milieu simple, rural et ouvrier, je l’ai beaucoup dit, mais mon père qui était ouvrier agricole était virgilien sans jamais avoir lu Virgile. De même, je crois que le peuple – je ne parle pas des foules- a un sens politique très sûr.

Dans «Penser l’islam» vous faites un parallèle entre le terrorisme et la politique étrangère de la France. Les auteurs des attentats de Paris et Bruxelles sont-ils une création occidentale ?

C’est évidemment plus complexe que cela. Il faut voir les choses avec un peu de hauteur et sur la longue durée. On ne peut pas penser qu’un terroriste naisse ex-nihilo sans raisons. De même nous, démocraties occidentales, ne sommes pas automatiquement dans le camp du Bien, loin de là. Pour comprendre cela, il faut faire de l’Histoire, de la Philosophie, ce qui est difficile aujourd’hui. Comprendre n’est pas légitimer. Mais, il faut ouvrir les yeux : depuis 1991, la politique initiée par Bush et continuée par ses successeurs et alliés a causé la mort de 4 millions de musulmans sur la planète. Les musulmans sont dans une logique d’oumma, de communauté qu’ils soient Blancs ou Noirs, Marocains, Libanais, Soudanais, Français ou Suédois. Dans leur logique, on a tué leurs frères. Qui les a tués ? «L’Occident», un terme général qui depuis une génération désigne l’ennemi.

Vous inscrivez ces rapports conflictuels entre Orient et Occident dans une histoire de longue durée. Cette opposition n’est donc pas neuve…

Non, elle n’est pas neuve. Je peux même remonter à l’Hégire et dire qu’elle résultait déjà d’un conflit latent. Aujourd’hui, l’Histoire s’emballe. En partie à cause des nouvelles technologies qui accélèrent le rythme de l’information. En partie aussi à cause de l’idéologie mondialiste qui prône un nouvel ordre mondial et essaye de passer en force même dans les régions du monde qui lui sont hostiles. Je crois que nous ne sommes plus à la hauteur d’un vrai échange entre les civilisations. La colonisation a été une erreur ; le néo-colonialisme latent l’est aussi. La repentance à tout va est contre-productive également. Nous n’avons plus qu’une valeur en occident : l’argent. Je dis donc que ce que nous faisons avec l’islam depuis quelques décennies n’est pas sans rapport avec l’apparition de Daech et du terrorisme.

Les conceptions de la vie sociale de l’Occident et du monde musulman sont-elles compatibles ?

On ne peut pas répondre à cette question sans postulats préalables. Aujourd’hui, l’Occident c’est le monde des affaires, de la politique politicienne, du libéralisme, du militarisme. Cette civilisation n’est compatible avec aucune autre qu’elle soit chinoise, indienne, musulmane, animiste et je dirais même chrétienne même si je suis résolument athée. Tant que nous ne proposerons rien d’autre au monde, notre avantage ne sera que technologique et économique. De plus, il s’avérera de plus en plus fragile et éphémère.

Vous soulignez aussi la violence de certaines sourates du Coran. Ne sont-elles pas également à l’origine des conflits actuels ?

Oui, certainement. C’est pour cela que je prône un islam compatible avec la laïcité et les valeurs de la République. Dans le Coran, il y a des sourates belliqueuses, antisémites, violentes et dégradantes à l’égard des femmes. Il y a aussi des sourates qui ouvrent à la miséricorde, à l’entraide, à la charité, à l’introspection vigilante et sereine. Mais en Europe, et plus particulièrement en France, nous avons une longue tradition historique de tolérance religieuse à partir du moment où ces religions sont compatibles avec un modèle de vie laïc prôné par les Lumières et issu de la Révolution française. Chez nous c’est l’Etat qui symbolise la citoyenneté. C’est donc l’Etat qui doit prendre en charge la construction des mosquées, la formation des imams, surveiller les prêches pour qu’ils soient conformes à l’esprit de la République. En échange nous devons assurer la protection des musulmans, veiller à la liberté de leur culte.

Certains contestent la possibilité d’un islam français ou même européen. Y croire, n’est-ce pas faire preuve d’un optimisme béat ?

Je pense que c’est au contraire faire preuve de réalisme. Il y a au minimum 10 millions de musulmans en France, peut-être beaucoup plus. On ne les renverra plus «chez eux» car «chez eux», c’est ici. On doit leur proposer un contrat social qui les agrée, mais qui soit aussi conforme à nos valeurs, à notre manière de vivre. Leur dire : «un certain nombre de sourates sont condamnables dans le Coran, condamnez-les avec nous. Vivez librement votre religion en privé, construisez un espace public avec les éléments du Coran compatibles avec nos valeurs millénaires, pas seulement chrétiennes, mais aussi issues de l’Antiquité gréco-latine : la féminité, la mixité, le vivre ensemble, le corps, l’éducation, la tolérance, etc.»

Dossier « De la délinquance à Daech » L’Observateur du Maroc et d’Afrique n° 349 du 08 au 14 avril 2016



via Abdo El Rhazi Entretien : Michel Onfray, Philosophe français

La mort en martyr donne-t-elle un sens à une vie de délinquant ?

Les parcours sont souvent d’une assez navrante similitude entre délinquants avérés et djihadistes. Petits larcins, vols, car-jacking, braquages de plus en plus importants puis enfin de plus amples trafics pour financer une entreprise terroriste.

martyr

C ’est le parcours d’un Reda Kriket ou des frères Abdeslam. Des radicalisations rapides ensuite. Fêtards, trafiquants de cannabis et braqueurs à leurs heures, ils sont depuis l’enfance au contact des réseaux islamistes de Molenbeek, aux cotés d’Abaoud. Des hommes sensibles au prosélytisme, parfois influençables, et, pour certains en rupture avec la société. Des ingrédients qui ont aussi fait basculer les frères Kouachi, lentement mais sûrement.

Daniel Zagouri, psychiatre, explique : «Ce qu’il faut comprendre c’est qu’il s’agit d’un long processus de maturation, d’enchaînement séquentiel, qui va transformer un banal petit gamin de quartier en une espèce de robot tueur. Les frères Kouachi, orphelins, ont d’abord grandi en foyer en banlieue puis dans le 19ème arrondissement de Paris où ils ont côtoyé les salafistes de la filière des Buttes Chaumont.»

Ils ont développé une haine de la société, stimulés par un encadrement de plus en plus religieux.

Daniel Zagouri poursuit : «On a deux types de profils : ceux qui se radicalisent naïvement, par suivisme. La radicalisation n’est pour eux qu’un élément du décor délinquant. D’autres croient avoir trouvé leur voie. Ici aussi, l’opportunisme est essentiel : on accède plus vite à un poste en vue dans la galaxie mafioso-salafiste que dans les voies religieuses traditionnelles.»

Après on passe à un stade psychologique plus complexe. «L’idée de mourir en martyr est le fruit d’une sélection individuelle et d’un conditionnement collectif. Les séjours en Afghanistan ou en Syrie les auréolent d’une once de gloire dans des quartiers où les jeunes n’adhèrent plus ou n’ont jamais adhéré aux valeurs européennes traditionnelles. Au dernier stade, ces individus n’ont plus le choix. Dans leur for intérieur, ils savent que leur vie est foutue, ils sont en souffrance par rapport à leurs attentes initiales, ils sont en colère et frustrés de ne pas avoir pu satisfaire leur envie de richesse, de vie dorée, de ne pas avoir pu donner libre cours à leurs passions sexuelles ; il leur reste à sublimer leur vie par une sorte de dédoublement de personnalité. Ils cherchent alors une porte de sortie par le suicide médiatisé. Là on va «enfin» parler d’eux. C’est l’idéologie qui sous-tend cet acte, pas la religion. Religieusement, ils ne sont pas instruits. Mais, ils faut bien dire que ce ne sont pas des martyrs ; aux yeux des lois de l’islam ce sont des criminels.»

Un imam de Nanterre témoigne de son désarroi quotidien

Mohammed H., imam à Nanterre, explique les mécanismes socio-psychologiques auxquels il fait face dans l’exercice quotidien de sa charge : «Dans les prisons, puis dans les quartiers, la culture religieuse est très pauvre. Il s’agit plus d’une imprégnation de salafisme que de vraie lecture intériorisée du Coran. Il est difficile de séparer ce qui relève d’une culture musulmane et d’une dérive sectaire. Les jeunes salafisés rejettent tout autant l’apprentissage coranique que toutes les autres matières scolaires. L’effort de conceptualisation religieuse, l’exégèse, la rhétorique ne leur sont pas accessibles. De même que l’analyse d’un texte un peu complexe en français ou de simples abstractions mathématiques ou scientifiques.»

Les imams sont parfois poussés dans leurs derniers retranchements par des jeunes salafisés qui les accusent de n’être pas assez radicaux, de manquer de solidarité avec leur communauté. Mohammed H. reprend : «Il s’agit plus ici d’instinct grégaire, d’idolâtrie, de sacralisation de la violence puis de la mort, que de théologie. Il y a aussi cette manière de magnifier le paradis qui est un élément central du montage socio-psychologique. Lorsqu’on leur démontre les incohérences de leur raisonnement religieux, ils musclent leurs discours et leurs attitudes ; ils en viennent ainsi à rejeter l’enseignement de tel ou tel imam arguant du fait que celui ci n’a pas été choisi par eux mais par l’Etat, un Etat mécréant qui n’a aucune légitimité pour parler de l’islam. Ce sont des cas rares, extrêmes, mais qui ont un impact énorme sur les autres membres de la communauté ou du quartier. Les radicaux ont une influence et une image très forte sur les plus faibles, sur ceux qui doutent. Internet est un vecteur de croissance de ce phénomène : 80% des sites religieux arabes sont wahhabites. Ils sont à la fois vulnérables, violents et difficiles à encadrer.»

Certains imams sont perdus face à ce phénomène et ne savent plus vers qui se tourner.

«L’encadrement religieux public a disparu comme les autres représentations de la vie collective : les imams modérés sont décriés et rejoignent ainsi les profs, la police et les autres services publics comme les pompiers, les médecins etc., tout ce qui représente une autre autorité que la leur, dans la courte vue de l’instant présent ou des pulsions incontrôlées.»

Dossier « De la délinquance à Daech » L’Observateur du Maroc et d’Afrique n° 349 du 08 au 14 avril 2016



via Abdo El Rhazi La mort en martyr donne-t-elle un sens à une vie de délinquant ?

Entretien : Ahmed Aboutaleb, Maire de Rotterdam

En français, il a un accent néerlandais. En néerlandais, il a l’accent de Rotterdam. Ahmed Aboutaleb, 55 ans, est originaire de Beni Sidel dans le Rif marocain. À la mort de son grand-père, avec sa mère et ses cinq frères et sœurs, il quitte le Maroc à 15 ans, pour rejoindre son père, ancien imam de son village et qui a émigré à La Haye où il travaille comme agent d’entretien. Ingénieur, travailliste, il est élu bourgmestre de Rotterdam en 2009. Son franc-parler en fait un des hommes politiques les plus populaires des Pays-Bas, au point que certains lui prédisent un avenir de Premier ministre. A Rotterdam. Propos recueillis par Olivier Stevens

ahmed-aboutaleb-_rotterdamL’Observateur du Maroc et d’Afrique: Après les attaques de Charlie Hebdo vous avez fait sensation en déclarant : «Foutez le camp si vous êtes mécontents!» aux musulmans intégristes. Réutiliseriez-vous cette formule aujourd’hui ?

Ahmed Aboutaleb : J’ai fait cette déclaration à chaud, en direct à la télévision le soir des attentats de Charlie Hebdo. Je l’ai dit sous le coup de l’émotion mais je ne regrette rien. J’ai adressé ce message aux musulmans qui ont un problème avec les libertés en Occident. Le sens était celui-ci : «Si vous n’aimez pas la liberté, par pitié, faites vos valises et partez. Si ça ne vous plaît pas que des humoristes fassent un journal, alors dégagez!». Je crois que, même après coup, j’ai bien fait de le dire. Ma voix vient de mon cœur, du fond de mes tripes, C’est celle du fils d’immigré marocain qui a trimé dur pour se faire une place dans la société néerlandaise. Je crois que pour toucher les jeunes, c’est le genre de discours qu’il faut tenir. Par dessus tout, ils doivent entendre une voix musulmane qui leur dit la vérité.

Vous avez pourtant été décrié par une partie de la communauté musulmane et même de la communauté marocaine ici aux Pays-Bas….

Oui, je sais qu’on a dit que j’étais contre les musulmans, contre les Marocains. On m’a même traité d’agent de l’empire sioniste ! Mais, il faut tenir un discours de vérité aux jeunes issus de l’immigration. Leur avenir est ici, pas dans leur pays dit «d’origine». Je n’aime pas cette expression, elle ne reflète rien. D’ailleurs, la grande majorité des jeunes issus de l’immigration n’a jamais mis les pieds au Maghreb ou en Afrique. S’ils doivent vivre et se développer c’est ici qu’ils le feront. Selon les lois et les coutumes néerlandaises et européennes. Ils n’importeront pas je ne sais quel passé fantasmé ici. C’est par l’éducation qu’ils réussiront. Ils doivent savoir que l’Europe en général leur offre de belles perspectives d’avenir s’ils travaillent dur, s’ils ont de la discipline et de la volonté.

Votre priorité c’est donc l’éducation ?

Oui. C’est ma priorité absolue. Je veux abolir la ségrégation. Je veux plus de mélanges entre immigrés et Néerlandais et je veux que ce mariage réussisse. C’est pour cela que je suis très attentif aux attitudes dans l’espace public. Il y a un savoir-vivre européen très codifié, issu des Lumières et de la modernité auquel les immigrés doivent s’adapter. Je suis aussi sensible à la place de la religion. Je suis musulman pratiquant, mais mes croyances ne sont que pour moi, jamais je ne les imposerai.

Votre bilan plaide pour vous, avec une ville plus sûre hormis certains quartiers. Comment l’expliquez-vous ?

C’est vrai que j’ai été très dur avec les islamistes, certains me le reprochent d’ailleurs. J’ai peut-être pu leur dire ce que j’avais à leur dire parce que je suis musulman moi-même. S’ils n’acceptent pas ce discours venant de moi, ils le rejetteront encore plus sûrement venant d’un Européen de souche qu’il soit calviniste ou catholique. Au fond, les intégristes ne m’intéressent pas. Ils ne m’intimident pas. Ils ne me feront pas taire et ne m’empêcheront pas d’inviter les immigrés ou descendants d’immigrés, qu’ils soient musulmans ou animistes ou bouddhistes à respecter un espace commun. C’est la condition préalable à l’instruction, au progrès, au bonheur.

Etes-vous favorable à la limitation de l’immigration ?

Je pose toujours la même question lorsque l’on aborde ce débat : «Faut-il continuer à accueillir des migrants alors même que certains parmi eux ou, à plus long terme, leurs enfants vont nous menacer?» On ne peut pas me taxer de racisme puisque je viens moi-même «d’ailleurs». Les candidats au djihad n’aiment pas la liberté, ils détestent notre façon de vivre. Soit ! Alors qu’ils s’en aillent ! Vous savez, l’immigration, hormis pour quelques riches familles privilégiées, est un rude combat de chaque jour. A Rotterdam, capitale économique des Pays-Bas, se côtoient 174 nationalités. Cette tour de Babel ne tient debout que si l’on respecte les valeurs ancestrales de ses fondations. Ces valeurs sont celles de Spinoza, de Descartes, d’Erasme, d’Anne Frank.

Votre réaction est la même après les attentats de Paris en novembre et ceux de Bruxelles plus récemment ?

Oui. Les attentats de Paris et de Bruxelles m’ont mis dans une fureur noire. Si l’on revendique le vivre ensemble, il faut accepter le compromis; ceux qui s’y refusent n’ont qu’à faire leur examen de conscience et avoir l’honnêteté de reconnaître qu’il n’y a pas de place pour eux ici. On est là au cœur du débat. Ces criminels ont construit leur démonstration à partir de l’islam. Dire que l’islam n’a rien à voir avec leurs actions, c’est vraiment absurde. C’est pourquoi j’affirme que les autorités religieuses musulmanes n’ont pas été à la hauteur des attentats. Je plaide, par ailleurs, pour que les leaders religieux modérés investissent aussi l’Internet pour y répandre leur vision du Coran. Une lecture ouverte et positive qui est la vision de près de 99% des musulmans. Aux candidats au djihad qui jouissent de la nationalité néerlandaise, je leur adresse cette supplique: A ceux qui veulent vivre à Raqqa, siège du groupe Etat islamique, je dis: si telle est votre volonté, soyez conséquent et rendez-moi votre passeport. Car le passeport néerlandais, c’est plus qu’un document de voyage: c’est une partie de votre identité et un engagement de défendre la société ouverte fondée sur le compromis qui est celle des Pays-Bas. Si vous ne vous reconnaissez pas dans ces valeurs, partez et allez demander à M. Baghdadi de nouveaux papiers d’identité.

Que diriez-vous aux «migrants» qui arrivent par dizaines de milliers en Europe ?

Au moment où nous parlons, une flopée de bateaux, petits et grands, traverse la Méditerranée, pour la plupart en provenance du monde musulman, chargés d’hommes et de femmes en quête de liberté et de sécurité en Occident. Je les comprends. Il y a quarante ans, ma famille a suivi la même route pour les mêmes motifs. En général, ces réfugiés sont bien traités en Europe. Mais, faut-il continuer à les accueillir? Est-ce la meilleure manière de remercier ceux qui les ont accueillis? C’est une question légitime et je comprends que de nombreux Européens se la posent. La négliger serait irresponsable et il appartient aux musulmans issus de l’immigration d’y répondre. Ces propos sont durs, mais je les assume. Au moins on ne pourra pas taxer un Aboutaleb de racisme, ni de laxisme.

DOSSIER « De la délinquance à Daech » L’Observateur du Maroc et d’Afrique n° 349, du 08 au 14 avril 2016.



via Abdo El Rhazi Entretien : Ahmed Aboutaleb, Maire de Rotterdam